Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/112

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Soit.

              Mais aie à l’esprit ceci présent, mon cher.

En même temps qu’on est de marbre, on est de chair.
Parfois on est un monstre en croyant être un ange,
Mais, quoi qu’on fasse, on est un homme. Chose étrange,
Un roi, cela vieillit, même un roi fort puissant.
Les rois ont des poumons, de la bile, du sang,
Un cœur, qui le croirait ? Et même des entrailles ;
La fièvre avant l’émeute a fréquenté Versailles ;
Le ventre peut manquer de respect ; les boyaux
Osent mal digérer les aliments royaux ;
Bons rois ! Dieu joue avec leur majesté contrite ;
Dans la toute-puissance il a mis la gastrite ;
Il faut bien l’avouer, dût en frémir d’Hozier,
Ainsi que les dindons, les rois ont un gésier ;
Louis le Grand avait un anus ; on constate
Quelquefois, chez César lui-même, une prostate ;
Charles neuf, faible et mou comme un jonc sous le vent,
Fut par les vers de terre habité tout vivant.
Or les sages pensifs font remarquer aux princes
Qu’il est toujours aisé d’empoigner des provinces,
Mais qu’un roi ne peut prendre, en eût-il grand besoin,
Un muscle de son râble au crocheteur du coin.
Un César souvent porte, à son dos qui cahote,
Son empire moins bien qu’un chiffonnier sa hotte,
Mais il ferait tuer ses preux jusqu’au dernier
Avant de conquérir les reins du chiffonnier.
Majesté, vous aurez plutôt Rome, la Chine,
L’Inde, qu’une vertèbre ou deux de son échine.
La migraine se plaît sous les couronnes d’or ;
Malgré l’huissier de garde au fond du corridor,
Elle entre. Trop d’azote et pas assez d’ozone,
C’est assez pour qu’allant du Gange à l’Amazone,
Le choléra-morbus s’abatte à plomb sur vous ;
L’effrayant typhus passe, il rend les hommes fous,