Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/119

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Je voudrais bien le voir sortir de l’antithèse.
On sourit dès qu’on met à nu le procédé.
Heureusement pour Dieu que Planche est décédé ;
Comme il vous donnerait, car c’était là sa tâche,
Sur les doigts de ce bon Jéhovah qui rabâche !

Quoi ! Toujours ce poème insipide des champs,
Des halliers, des ruisseaux, et des vallons penchants,
Plus usé qu’un trumeau du bonhomme Natoire !
Quoi ! L’été, puis l’hiver ! Toujours ce répertoire !
Toujours le même loup montrant les mêmes dents !
Toujours ce vieux joujou des vents, des flots grondants !
Ce casse-tête horrible et niais tout ensemble
De la chose qui n’est jamais ce qu’elle semble,
Où Dieu bande les yeux à l’homme, où ce vieillard
Avec Adam perdu joue à colin-maillard !
Toujours l’illusion d’optique qui vous frappe !
Le ciel qui sans bouger remue, et cette attrape
Du soleil qui se lève et ne se lève pas !
Quoi ! Toujours le cloaque au sortir du repas,
L’humanité tirée en bas par la nature,
Et le vomissement après la nourriture !
Mais le moindre grimaud qui porte la primeur
De ce que sa caboche enfante, à l’imprimeur,
Après s’être gratté sa stupide perruque,
Après s’être empoigné de ses deux mains la nuque,
Un rimeur de deux sous, un bélître, un poussah,
Un goîtreux, trouverait autre chose que ça !

Il est temps que ce Dieu repeigne et revernisse
Le pré que six mille ans a brouté la génisse ;
Qu’il blanchisse le lys, et qu’il mette des freins
Aux anciens vents hurlant leurs antiques refrains ;
Qu’il change de l’oiseau la chanson coutumière,
Et qu’il redore au fond du ciel noir la lumière.
Sa machine est connue et c’est un grand défaut.
Oui, s’il veut qu’on le prenne au sérieux, il faut