Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/120

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Qu’il renouvelle, arrange, et radoube, et refasse
Son univers, moyens et but, fond et surface,
Son froid printemps qui fait sans cesse un faux serment,
Ses édens, ses enfers, mieux inventés vraiment
Ceux-ci par les Miltons et ceux-là par les Dantes,
Son jeu dépareillé de forces discordantes,
Son mystère, cassette à secret où déjà
Le bras des fureteurs jusqu’au coude plongea,
Sa terre, son soleil, assez maigre étincelle,
Et son attraction dont on voit la ficelle.

Il a pour vous distraire inventé les fléaux.
Voulant, selon la loi de maître Despréaux,
Passer du grave au doux, du plaisant au sévère,
Il brise un peuple ainsi qu’un ivrogne son verre,
Livre une pauvre ville à d’affreux assiégeants,
Grossit l’eau de la Loire et noie un tas de gens.
Quelquefois, comme Horace aiguise un anapeste,
Il termine une guerre au moyen d’une peste,
Ou fait un roi d’un tigre, et se trouve charmant ;
Et le monde agonise… ― Ah ! L’on est par moment
Tenté de lui fourrer le nez dans son ordure,
Ou de lui crier, car il a l’oreille dure :
— Tu deviens fatigant, tu deviens pluvieux,
Mon pauvre éternel ! Prends ta retraite, mon vieux !
Oui, rentre dans ton trou biblique ou druidique.
Cède la place au diable, au singe, à l’homme. Abdique.
Tout autre fera mieux que toi ta fonction.
N’attends pas qu’un titan quelconque, un Ixion,
Un Satan, un Typhée aux cent bras, un Voltaire,
Fasse rafle un beau jour de tout ton vieux mystère ;
Mette au rancart l’azur, les ténèbres, le mal,
Le bien, l’exception avec le fait normal,
Le destin, le hasard, l’impossible équilibre
Du Très-Haut prescient posé sur l’homme libre,
La crèche et le sépulcre, et la prairie en fleurs
Que, sans savoir pourquoi, l’aube inonde de pleurs ;