Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/123

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Midas, docteur, est dans sa chaire ;
Sur le champ, sur l’être hébété,
Il souffle la nuit, la jachère,
Le sommeil, l’imbécillité ;
Près de lui, pendant qu’il enseigne,
Un géant aveugle qui saigne
Suit à tâtons un noir chemin ;
Car l’ombre étouffe l’espérance,
Car dans ses deux mains l’ignorance
Tient les deux yeux du genre humain.

Cham est vivant, le fils infâme ;
Il brille, il est jeune, il est beau ;
Il noie aux débauches son âme ;
Il rit de son père au tombeau ;
Il n’a même plus de mémoire ;
Un flot sourd croît dans la nuit noire,
Il n’en sait rien ; et sans ennui,
Sans peur, sans chercher de refuge,
Il entend le bruit du déluge
Qui remonte derrière lui.

Judas n’est pas mort ; il trafique ;
Il travaille aux pièges tendus ;
Il est le marchand magnifique
Des Christs livrés, des dieux vendus ;
Sa drachme est un astre ; il partage
Son âme avec Londre et Carthage ;
Judas domine les vivants ;
Debout sur la terre, heureux, blême,
Fier, les mains pleines d’or, il sème
De la trahison dans les vents.

Dracon, juge, emploie au supplice
Du divin esprit Légion
Quatre forces saintes, Justice,