Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/124

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Famille, Ordre, Religion ;
Sous son fouet la Vérité râle ;
Il torture cet ange pâle
Sur l’horrible échafaud vermeil,
Et, front d’airain et cœur de pierre,
Fait écarteler la Lumière
Aux quatre chevaux du soleil !

Messaline n’est pas levée ;
Elle est toujours là dans son lit ;
C’est à peine, la réprouvée,
Si, quand vient l’aube, elle pâlit ;
Toujours belle, calme, effrontée,
Elle éclate d’un rire athée
Sans pudeur, sans peur, sans ennui ;
La prostituée éternelle
À changé de nom et s’appelle
Conscience Humaine aujourd’hui.

Le vieux Caïn, aïeul prospère,
S’est fait un trône de l’affront ;
Les crimes lui disent : mon père !
Il baise les vices au front.
Il rit de voir partout le glaive
Et, sur toutes les croix qu’élève
À tous ses étages Babel,
Aux gibets qu’on hait ou révère,
À Montfaucon comme au Calvaire,
L’immense cadavre d’Abel.

Ils sont libres, joyeux, superbes ;
Les vils chantent les meurtriers ;
Tous ont les mains pleines de gerbes,
De fleurs, de rayons, de lauriers ;
Qui ne voit qu’eux cesse de croire ;
Toute la honte est de la gloire ;
Et c’est Dieu qui semble puni ;