Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/146

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supprimé la potence, ouvert beaucoup d’écoles,
diminué l’impôt, semé le vrai, dissous
l’erreur, et je n’ai pas de remords pour deux sous.
Je tolère dans l’ombre un neveu qui s’ignore.
Claudius de Hamlet guette la pâle aurore,
mais il est Claudius et l’enfant est Hamlet.
Moi, nul spectre ne vient me saisir au collet.
Ce que j’ai, c’est l’ennui. Le trône, triste proie !
Sais-tu ce que je suis ? Un pauvre homme de joie.
Plutôt bon que mauvais ; très canaille ; occupé,
mais oisif ; fort penaud. Comme on est attrapé !
L’ambitieux pensif, usurpateur en herbe,
dit en préméditant le trône : --c’est superbe !
On est le maître ; on a le budget plein les mains ;
le prince resplendit, regardé des humains,
au-dessus de la terre ; il est dans la comète !
Vite, ôte-toi de là, petit, que je m’y mette ! --
c’est bon, j’ai pris la place, et je règne. à quel prix !
Quel néant ! Un respect qui ressemble au mépris ;
voir le fiel dans les cœurs et le miel sur les langues ;
une dorure, pas solide ; des harangues ;
des valets ; point d’amis ; de faux éphestions ;
des malédictions, des indigestions ;
des Te Deum chantés par des prêtres athées ;
du fracas, des grandeurs vaguement insultées
par cette conscience énorme des vivants,
sombre sous les rois, comme une mer sous le vents ;
en chasse, en guerre, un tas de flatteurs déshonnêtes
vous aidant à viser les peuples et les bêtes ;
les vastes bâillements du cérémonial ;
beaucoup d’enterrement mêlé d’un peu de bal ;
le rang suprême, un mot ; le pouvoir, un problème ;
ne jamais être sûr qu’une femme vous aime ;
voilà ce qu’on usurpe, ami. --si j’avais su !


Gunich.

Vous êtes triomphant, grand, couronné…