Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/147

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Le duc Gallus.

Déçu.
Ah ! De la chose sceptre et de la chose trône,
j’en suis revenu, va. J’y tiens peu. Pas de prône
plus sot que l’étiquette, et pas d’orgueil plus creux.
C’est un art des puissants de n’être pas heureux.
Ils appellent cela la majesté. C’est bête.
Trop de couronne, hélas, fait qu’on n’a plus de tête.
Sais-tu ce qui serait mon goût ? Vivre à Paris.
Rome a son carnaval, Stamboul a ses houris,
mais Paris ! Oui, c’est là qu’il faudrait que je vinsse
pour être un chenapan sans cesser d’être un prince.
Un chenapan, vois-tu, c’est un sage gouailleur
que Paris seul produit, qui rit, cueille la fleur
et la fille, est féroce au plaisir, vit, s’attable,
chante, danse, extermine, affreux gueux, et bon diable.
Le scrupule en un coin de son cœur se tient coi.
être ça, c’est vraiment exister. C’est pourquoi,
quand je pense à Paris, je me dis : c’est la ville !
Là le mal n’est pas laid, la fange n’est pas vile !
Jamais comme à Paris les gens d’esprit n’ont pu
savourer le parfum d’un éden corrompu ;
Paris gâte la femme et l’homme, et les attaque
par tout le paradis que peut faire un cloaque.
J’aime Paris, de vice et de grandeur pavé.
N’y songeons pas. Je suis à mon sceptre rivé.
Je suis le patient du trône. Roi, je bâille.
Ah ! N’être qu’un bourgeois, quel bonheur ! On ripaille,
on s’amuse, on se vautre, amis, du vin, du rhum,
du gin ! Et pas d’altesse, et pas de décorum,
on boit, la joie accourt et se livre en personne,
et vous la possédez ! Sais-tu que je grisonne ?


Gunich.

Mais…


Le duc Gallus.

Je grisonne ! --or, j’ai, par-dessus le marché,