Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/148

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le désir bienveillant de commettre un péché.
Quel péché ? Le meilleur, le grand, le vrai, l’unique.
L’amour. Attention. Mon cœur se communique.
Tout ce que le destin offre, j’en ai voulu ;
ce sac, je l’ai vidé ; ce livre, je l’ai lu.
Eh bien, Gunich, le fond du sort, le but de l’homme,
c’est Elle !


Gunich.

Elle ? Qui donc ?


Le duc Gallus.

Elle ! Celle qu’on nomme
Plaisir, Tourment, Enfer et Ciel, Bien, Mal, Oui, Non.
Elle ! En Grèce Aspasie. Elle ! En France Ninon.
écoute, ô confident du prince ! Combler d’aise
quelque fille sans cœur, sans préjugés, mauvaise,
charmante, aux grands yeux bleus, ou noirs, se portant bien ;
avoir ma Pompadour comme un roi très chrétien,
je prémédite ça ! Mille défauts, pas veuve,
et je la cherche aux bois pour l’avoir toute neuve.
Tel est mon idéal. L’ennui, j’en fais l’aveu,
me ronge, je confie au bon Dieu mon neveu,
et moi, de mon côté, je vais à l’aventure ;
je suis un cœur errant quêtant sa nourriture.
Vois, je bâille. J’ai faim. Je n’ai rien sous la dent.
Je voudrais rencontrer quelque être indépendant
dont je sois le despote et qui me mène en laisse ;
je cherche cette chose exquise : une drôlesse.


Gunich.

Monseigneur, ce n’est point impossible à trouver.


Le duc Gallus.

Mais je la veux sauvage.


Gunich.

Il la faudra rêver,