Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/163

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de Barberousses morts, de Christs, de Jéhovahs,
de saints, que le vulgaire appelle des gravats.
L’auguste bric-à-brac, épars sous la fougère,
que l’histoire plus tard met sur son étagère.
Une commission de savants trouverait
regardant le chiendent qui pousse entre les pavés.
à camper dans cette herbe énormément d’attrait.
L’humidité triomphe, et fait sous ce portique
prospérer la grenouille, animal aquatique.
Tous les siècles moisis ensemble. Que c’est beau !
La ruine vraiment vaut presque le tombeau.
C’est superbe. Les goths, les romains, les sicambres.
Des pierres dans le blé, du gazon dans les chambres,
un burg, quoi ! C’est là, certe, un rare monument,
où l’on doit s’ennuyer épouvantablement.
Lorgnant Nella.
— divine ! Un brin de fleur, et la voilà coiffée !
Haut à Nella.
— mademoiselle, on voit dans les contes de fée
des belles, comme vous, que garde en une tour
un dragon, et pour qui des rois meurent d’amour,
et que viennent sauver des paladins bravaches.
— ah çà ! Que faites-vous ici ?


Nella.

Je trais les vaches.


Le duc Gallus.

Traire les vaches. Soit. Il est d’autres bonheurs.
Que faites-vous après ?


Nella.

Je porte aux moissonneurs
leur dîner dans les champs.


Le duc Gallus.

Après, belle pensive ?