Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/169

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Nella.

Sa petite-fille.
Elle salue le portrait avec gravité, puis se redresse.
Oui. Les tambours, les trompettes
l’annonçaient. Maintenant, il dort dans son linceul.
Les autres généraux l’admiraient. Mon aïeul
étant le plus prudent était le plus terrible.
Il était infaillible, il était invincible.
Et l’empereur, présent, voulait qu’il commandât.


Le duc Gallus.

Et son fils, votre père ?…


Nella.

Est un simple soldat.
Elle salue de nouveau le portrait, puis se retourne vers le duc.
Mon père est le baron d’Holburg. La destinée
l’avait brisé déjà que je n’étais pas née.
On n’apprend point l’histoire aux femmes, c’est pourquoi
je ne vous dirai pas si ce fut pour le roi
ou l’empereur, si c’est pour la Prusse ou l’Autriche,
qu’étant noble, il donna son sang, et qu’étant riche,
il donna son argent jusqu’au dernier écu ;
je sais qu’il eut le tort d’être pour le vaincu.
Le vainqueur le frappa. L’on mit sous le séquestre
ses fiefs seigneuriaux rayés de l’ordre équestre,
puis on le fit soldat. Ce burg fut son exil.
Tout paysan pour lui devint un alguazil ;
les murs tombent, hélas, et les cœurs dégénèrent.
Ceux qu’il avait jadis nourris, l’espionnèrent.
Mon père n’eut plus droit de porter l’éperon.
Défense de lui dire excellence ou baron.
Il laboure son champ. Lui, cousin des margraves,
quoiqu’il fût le plus brave au milieu des vieux braves,
les jeunes officiers n’ont pas l’air de le voir.
Il fait le blé, je fais le pain. Calme, le soir,