Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/170

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il s’en revient, traînant le soc parmi les plaines,
tandis que le soleil descend dans les grands chênes.
Nous buvons l’eau du ciel qui remplit le fossé.
Il ne parle jamais de ce qui s’est passé ;
si quelqu’un par hasard lui fait une demande,
il répond : j’ai servi la patrie allemande,
et se retire, un peu plus fier qu’auparavant.
Il songe volontiers dans les bois pleins de vent.
Il a le front pensif de l’homme qui persiste.
Il est vieux, seul, vaincu, proscrit. Il n’est pas triste.
On sent qu’il porte en lui la cause juste. Il croit.
à mesure que l’ombre autour de lui s’accroît
je vois dans sa prunelle augmenter la lumière.
Son donjon lentement devient une chaumière.
Il regarde souvent ce portrait, son trésor ;
l’épaulette de laine à l’épaulette d’or
raconte son histoire et parle de la guerre,
et je vois mon aïeul qui sourit à mon père.
N’ayant pas de quoi mettre une tuile à son toit,
mon père dans sa chambre en ruine reçoit
l’averse quand il pleut et le froid quand il vente,
et moi je suis sa fille et je suis sa servante,
et c’est ce qu’on appelle être un homme déchu.
Le duc gallus, à part.
En entrant je voulais chiffonner ce fichu ;
maintenant, --est-ce donc le sol qui se dérobe ? --
je suis prêt à baiser le bas de cette robe.
Haut à Nella.
Je ne suis pas très fort en histoire non plus.
Votre père appartient aux âges révolus.
Mais, voyons, qu’a-t-il fait ?


Nella.

De ce qu’a fait mon père,
je ne sais rien du tout, sinon que j’en suis fière.