Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/187

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Lison, seule.
Elle ôte son fichu, et n’a plus que sa chemise et un jupon.
Elle divise et natte ses cheveux.
C’est là le malaisé. Je suis une rêveuse.
Elle ouvre un tiroir de commode.
Habillons-nous.
Elle prend dans la commode quelques hardes, et s’arrête.
Ma tête est obscure, et se creuse.
Dire que je n’ai pas encor pris mon parti !
Elle tire de la commode une coiffure de mariée en fleurs d’oranger.
Souvent d’un oui, d’un non, on s’est bien repenti.
Dans une heure il sera trop tard.
Elle déplie une robe de grosse laine neuve, propre et laide.
L’ennui me ronge !
Elle met sur un escabeau une paire de gros souliers de femme,
neufs.
Pas de destin auquel on ne préfère un songe !
Elle regarde la robe, les souliers et les fleurs d’oranger.
Que faire ?
Elle se remet à natter ses cheveux.
Ce bouvier est honnête. --et hideux.
Elle les roule en tresse.
Lui, soit.
Elle les rattache en couronne sur sa tête.
J’avais pourtant rêvé le ciel à deux !
Elle interrompt sa toilette et médite.
Aimer, comme c’est bon ! S’idôlâtrer sans cesse !
Et n’être pas trop pauvre ! Ah ! C’est beau, la richesse !
La vraie ! En plein. Oui, tout ! Pas l’épaisse façon
d’être riche à peu près qu’a ce pauvre garçon.
Sa femme ira pieds nus. Les souliers s’usent, dame !
Moi, je consens très bien aux pieds nus de la femme,
à la condition du tapis de velours.
Et ces poignets ! Ces gens de campagne sont lourds !
Il faut, pour cet hymen de l’âme avec l’étoile