Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/192

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mais je suis encor prince, et même gentilhomme.
Sultan, j’ai planté là le sabre et le turban.


Lison.

Oh !
Gallus, souriant.
Tu vois un monarque en rupture de ban.
Je me refais aux champs une âme printanière,
et j’y viens à l’école. --école buissonnière.
Sois ma maîtresse.
Lison, effarouchée.
Moi !
Gallus, souriant.
D’école. Belle, il sied
d’expliquer tout. Ce nègre est mon valet de pied.
J’ai toujours avec moi ma musique de chambre,
et, même dans les bois, je fais brûler de l’ambre.
Il montre la fumée d’encens dans les arbres.
De là vient cette odeur de sainteté. Ce nain,
diabolique à peu près, tant il est féminin,
est un de mes laquais. J’ai de plus dans ma suite
un rimeur qui me dit la messe, étant jésuite ;
ce maroufle est chargé de me faire mes vers.
J’en fais moi-même aussi parfois. J’ai pour travers
de rire, et de vouloir qu’autour de moi l’on rie.
Je me fabrique un peu d’aurore et de féerie.
Je voyage en nabab de l’Inde, et mes fourgons,
que Médée aurait fait traîner à ses dragons,
contiennent en décors de quoi jouer Armide ;
je ne suis pas méchant, mais ne suis pas timide.
Qu’on nous donne un hallier, de l’ombre, et caetera,
et nous improvisons d’emblée un opéra.
Je suis riche, et j’ai pu, grâce à mes viles piastres,
te mettre sur la tête une coiffure d’astres,
ô belle, et te rouler une rivière au cou.