Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/232

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la choucroute tudesque et le bon vieux vin grec.
Il offre une aile à Zabeth, met de la choucroute dans son
assiette
et se verse à boire.
Dites-moi, trouvez-vous ici quelque lacune
dans l’hôtel, dans la table ou le service ?


Zabeth.

Aucune.
Gallus, désignant du doigt le jardin.
Vous pourriez pour ce parc, c’est un conseil, pardon,
commander deux ou trois déesses à Houdon.


Zabeth.

Tout me vient de vous, duc, je dois le reconnaître.
Gallus, tout en mangeant et tout en servant zabeth.
Ce tout n’est rien, madame. Une femme est un être
charmant parce qu’il est tremblant, fort éperdu,
très frêle, et qui doit être en tout temps défendu
contre tout ce qui peut d’une ride être cause,
contre un frisson d’aurore et contre un pli de rose.
Il faut sur son alcôve un chant de séraphin,
le nectar à sa soif, l’ambroisie à sa faim ;
de nos jours, ce progrès est goûté de Tartuffe,
le nectar est sauterne et l’ambroisie est truffe,
et quant au séraphin, il s’appelle Grétry.
Des millions ! Sans quoi, la femme, ange meurtri,
languit, souffre. Exister, madame, est nécessaire.
Il faut tuer le temps qui nous tient dans sa serre ;
donc des plaisirs ; toujours, sans trêve, hier, aujourd’hui ;
on ne saurait percer de trop de coups l’ennui.
Avoir froid est ignoble ; avoir faim est étrange ;
pourtant, dans un plat d’or, sans ridicule on mange ;
et si la cheminée est un bijou charmant
du plus beau marbre, on peut s’y chauffer décemment.
La vie enfin doit presque être un conte de fée.
Je la veux de chansons et de joie étoffée ;