Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/235

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les indigents sur qui tourbillonne la neige,
une barrière d’or me couvre et me protège ;
vous m’entourez de soins, duc, n’importe à quel prix,
et vous me préservez de tout. --hors du mépris !


Gallus.

Je vous défends.


Zabeth.

C’est vrai, mais je vous en dispense.
Oui, de ce que l’on dit. Non de ce que l’on pense.


Gallus.

Ce qu’on pense, ah ! Vraiment, ce qu’on pense, en effet,
je ne puis l’empêcher.


Zabeth.

C’est vous qui l’avez fait.


Gallus.

C’est pour rire, pas vrai ? Vous avez des épaules
charmantes.


Zabeth.

La drôlesse insultera les drôles.
Se tournant vers la porte par où tous sont sortis.
Où sont-ils, ces faquins ? Ah ! Vil groupe rieur !
à Gallus.
Savez-vous ce qu’il faut à la femme, monsieur ?
C’est l’amour. Je n’ai pas ce pain sacré de l’âme,
et je me sens haïe et je me vois infâme.
Soyez maudit.
Gallus s’accoude sur la table et la considère avec attention.
Elle poursuit.
Ces ducs, ces princes, ces marquis !
Tous ! Ils sont monstrueux, à force d’être exquis !
Ils me glacent. Ils sont joyeux de quoi ? De haine.
Ils ont la liberté féroce ; j’ai la chaîne.
Ils ont une patrie, eux, c’est l’immense azur,
c’est le ciel. Dans la nue ils marchent d’un pied sûr.