Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/267

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La bise, bouche vivante,
Les vents, les bruits, les typhons,
Toute la grande épouvante
Erre sous les cieux profonds.

Je baisse mes yeux funèbres ;
Je me sens dans ma terreur
Compagnon de ces ténèbres
Et frère de cette horreur.

L’homme, en proie aux maux sans nombre,
Porte en son cœur, morne enfer,
Toute la honte de l’ombre,
De l’abîme et de la chair.

Je sens que ce crépuscule
Me pénètre soucieux,
Et qu’en moi l’âme recule
Comme le jour dans les cieux.

Il semble que tout s’altère,
Se traîne, expire ou s’abat,
Et qu’il reste de la terre
Ce qui reste d’un combat.

L’arbre, près du flot qui râle,
Tord ses bras comme un banni ;
On ne sait quel reflet pâle
Des lueurs de l’infini

Perce les bois sans feuillée,
Et teint d’un livide éclair
Cette cuirasse écaillée
Que nous appelons la mer.

Tandis que l’occident sombre
Lutte contre le néant,