Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/277

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Quand tout me souriait encore,
Jadis, quand j’étais radieux,
Aux jours de la jeunesse, aurore
Dont on prolonge les adieux,

Du milieu de l’immense fête
Des heureux d’alors qui, joyeux,
Sceptre en main et couronne en tête,
Riaient, chantaient, mêlés aux cieux,

J’ai vu, tandis que sur la terre
Tout était faste, hymne et concert,
L’exil qui saignait, solitaire
Et terrible, dans son désert.

Je suis allé vers l’âpre grève
Où rampait le grand abattu ;
J’ai dit : je suis celui qui rêve.
Toi qui souffres, qui donc es-tu ?

Et, levant sa prunelle pleine
Du reflet lointain de Saint-Cloud,
Il m’a dit : je suis Sainte-Hélène.
Il m’a dit : je suis Holyrood.

Alors, moi, fils de nos désastres,
Attestant, devant ces douleurs,
Et la nuit qui sème les astres,
Et le jour qui sème les fleurs,

J’ai salué dans sa ruine
Le sombre maître estropié,