Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/303

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Comme à chacun de nous ton heure sonnera.
Ton cadavre qui boit et qui mange sera
Écrasé, broyé dans sa boue,
Pétri dans le néant, supprimé, rejeté ;
L’infini passera sur toi ; l’éternité
À pour nous tous un tour de roue.

Si tu n’es qu’un vivant, frêle, obscur, incertain,
Vis et pleure ; descends pas à pas ton destin :
Vieillis ; reste l’homme ordinaire.
De quel droit, cendre, atome, espèce d’ombre aux fers,
Fais-tu tomber sur toi la mort aux yeux d’éclairs,
Et déranges-tu le tonnerre ?

Ou si de toi ton siècle a fait un grand témoin,
Accepte échafaud, bagne, exil ; sois au besoin
L’esclave auguste de l’exemple.
La pierre du gibet, dont le ciel est l’aimant,
Plus tard sort du charnier et monte lentement,
Et devient le fronton du temple.

Ne te dérobe point par la mort aux lenteurs
Du supplice qu’il faut subir sur les hauteurs ;
C’est l’épreuve ; acceptons-la toute !
Agonise et vieillis sans dire : je suis las !
L’homme est fait pour mourir heure par heure, hélas !
Les pleurs, pour tomber goutte à goutte !

La douleur est utile ; et vivre, c’est l’effort.
Veux-tu devenir grand ? Laisse-toi faire au sort.
Bois, et ne brise pas ton verre.
Laisse blanchir ton âme ainsi que l’orient.
Sois à la fois l’archange au regard souriant
Et le titan au front sévère.

Les jours nous font saigner, mystérieux bourreaux ;
Saigne, et ris ; c’est ainsi qu’on devient un héros,