Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/310

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I


Ma vie entre déjà dans l’ombre de la mort,
Et je commence à voir le grand côté des choses.
L’homme juste est plus beau, terrassé par le sort ;
Et les soleils couchants sont des apothéoses.

Brutus vaincu n’a rien dont s’étonne Caton ;
Morus voit Thraséas et se laisse proscrire ;
Socrate, qu’Anitus fait boire au Phlégéthon,
Mourant, n’empêche pas Jésus-Christ de sourire.

Le monde passe, ingrat, vain, stupide et moqueur.
Le blâme intérieur, Dieu juste, est le seul blâme.
Les caresses que fait la conscience au cœur
Font saigner notre chair et rayonner notre âme.

Apaisé, je médite au bord du gouffre amer ;
J’aime ce bruit sauvage où l’infini commence ;
La nuit, j’entends les flots, les vents, les cieux, la mer ;
Je songe, évanoui dans cette plainte immense.


II


Il faut toujours quelqu’un qui dise : je suis prêt.
Je m’immole. Sans quoi, ma France bien-aimée,
La conscience au cœur de l’homme se romprait ;
Peuple ! Il ne resterait pas une âme allumée.

Il est bon en tout temps, aujourd’hui comme hier,
Que des hommes sereins, en qui rien ne recule,