Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/322

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée



 
Tant qu’on verra l’amour pleurer, la haine rire,
Le mal régner,
Le dogme errer, l’autel mentir, Néron proscrire,
Jésus saigner,

Tant qu’on aura des rois, des églises athées,
D’affreuses tours,
Des peuples que la chaîne étreint, des Prométhées
Sous les vautours,

Tant que je sentirai, cœur où rien ne mutile
Le fier devoir,
Que le vol d’une strophe irritée est utile
Dans le ciel noir,

Je combattrai ! Je sais que je serais un lâche
D’être autrement ;
Je ne me laisserai détourner de ma tâche,
Ô firmament !

Par rien, ni par avril, ni par l’ombre ingénue
Des verts taillis,
Ni par les prés en fleurs, ni par la gorge nue
D’Amaryllis.

En présence de tant de nations qui pleurent
Sous le ciel bleu,
Des tyrans qui, blanchis par le prêtre, demeurent
Noirs devant Dieu,

Et de vous tous, vivants, en proie aux vils mensonges,
Aux rois voleurs ;