Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/36

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L'écritoire

                                     Arétin, plein d'esprit,
Vit content ; sous ses pieds il a quand il écrit
Un charmant tapis turc qui réchauffe sa prose.


Le trou de la serrure

J'estime une portière épaisse, et, verte ou rose,
Laissant voir, dans les plis du satin ouaté,
Un mandarin qui prend une tasse de thé.


Un papier timbré

Verrès est riche et grand ; devant lui nul ne bouge.


Le miroir fêlé

Sur un frac brodé d'or j'aime un beau cordon rouge.


L'escabeau boiteux

Quel bonheur de courir à la croix de Berny
Sur quelque ardent cheval plein d'un souffle infini,
Démon aux crins épars né des vents de l'Ukraine !


La semelle percée

Quelle joie ! En hiver, rouler au Cours-la-Reine,
Quand le soleil dissout les brouillards pluvieux,
Dans un landau qui fait blêmir les envieux !


Le plafond troué

Et, tandis qu'au dehors siffle le vent féroce,
Contempler, à travers les glaces du carrosse,
Le ciel bleu, rayonnant d'une douce clarté !


Le ciel bleu

Paix ! Comptez vous pour rien cette sérénité
De marcher le front haut, et de se dire : en somme,
Je mange du pain noir, mais je suis honnête homme !

17 novembre 1853.