Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/399

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Ô temps heureux !

                               Autour de ce trône de joie
Les juges, pour servir la royauté fougueux,
Allaient expédiant dans l’ombre un tas de gueux ;
On pendait des marauds et des rustres, rebelles
À la taxe, à la taille, aux aides, aux gabelles,
Va-nu-pieds refusant les impôts ; il faut bien
Que quelqu’un paie en somme et le roi n’y peut rien ;
Et le soir, à travers le doux bruit des fontaines,
Quand les rires, mêlés aux musiques lointaines,
Semblaient accentuer la flûte et le hautbois,
Quand dans le jardin sombre épaissi comme un bois
On voyait des amants errer, et sous les branches
D’ardents profils chercher de vagues gorges blanches ;
Quand dans les fleurs de lys planait l’amour ailé ;
Quand Danaé vaincue offrait tout bas sa clé,
À l’instant où le roi, ravi, charmant, affable,
Jupiter fou, riait avec toute la fable,
Gai, ne quittant Léda que pour reprendre Hébé,
Et rendait le baiser qu’il avait dérobé
À quelque Gabrielle, à quelque Jacqueline,
Une brise jetait du haut de la colline
Une haleine de tombe entre ces deux baisers ;
Et, non loin de ces jeux et de ces ris, brisés,
Nus, grelottant au vent sous les poutres muettes,
S’entre-choquant l’un l’autre et heurtés des chouettes,
Envoyant des bruits sourds jusqu’au royal balcon,
Les squelettes tordaient leur chaîne à Montfaucon !

Ce qui n’empêche pas que ce roi Henri quatre,
Ce Vert-galant qui sut aimer, boire et combattre,
Soit le meilleur de ceux qu’on appelle les rois.