Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/403

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Cette goutte de sang qui s’élargit toujours ;
C’est peu le choc des camps, l’écroulement des tours ;
La guerre, cheval fauve, au-dessus des frontières,
Jetant aux fronts des rois ses ruades altières,
C’est peu ; c’est peu l’épique et vaste assassinat
De l’Artois, de la Flandre et du Palatinat ;
Remplacer les moissons par des flots de fumées,
Coucher sur les sillons des cadavres d’armées,
Briser les escadrons contre les escadrons,
Ce n’est rien ; ce n’est rien la clameur des clairons,
L’obus crevant les murs, les places bombardées,
Gengiskhan et Timour passés de cent coudées ;
Il fit plus, il se fit le grand bourreau de Dieu ;
Pieux, il ramena, par le fer et le feu,
Son peuple à la candeur de la foi catholique,
Et Rome admire encor, dans sa joie angélique,
Ce qu’il a fait blanchir, en ces temps immortels,
D’âmes, de cœurs, d’esprits, au pied des vrais autels,
Et de crânes au pied de la potence horrible.
Oh ! Comme l’évangile extermine la bible !
Comme c’est beau, le roi plein d’un Dieu furieux !
Splendides flamboiements du saint glaive des cieux !
De quoi les rois chrétiens ne sont-ils pas capables
Lorsqu’il faut venger Dieu de ces maudits, coupables
Du crime de vouloir prier à leur façon !
Ô spectacle admirable ! Exil, bagne, prison,
Des pasteurs, des docteurs, des hommes consulaires
Courbés sous le bâton dans le banc des galères,
Cinq cent mille bannis, cent mille massacrés,
Dix mille brûlés vifs, rompus vifs, torturés,
Patients en chemise au seuil des basiliques,
Tourbillon des bûchers sur les places publiques,
Âcre fumée ayant des râles dans ses plis,
Surprises, guets-apens, gens tués dans leurs lits,
Juges fatals passant ainsi que des tonnerres,
Pinces tordant des seins de femme, octogénaires
Dont la barre de fer fait crier les vieux os,