Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/69

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Louis quatorze affreux, penché sur les Cévennes,
Implacable, saignant la France aux quatre veines,
Titus livrant Sion massacrée aux vautours,
Quoi qu’on puisse alléguer et dire, c’est toujours
Le même crime errant dans la même nuit noire ;
Si grand que soit l’éclat, quelle que soit la gloire,
C’est toujours à ses yeux le meurtre, et, plein d’ennui,
Partout, il le condamne ; et tout ce qu’il sait, lui,
C’est qu’on ne lui fait pas accepter des décombres,
Des désastres, des morts, des écrasements sombres,
Même en posant dessus la patte d’un lion.

Non, jamais de vengeance et pas de talion.
Quoi ! Le Cipaye irait jetant au feu des femmes
Et tordant des enfants tout vivants dans les flammes ;
Quoi ! L’Irlandais bigot, à travers le brouillard,
Surgirait, la massue au poing ; quoi ! Le lollard
Joindrait le fer qui frappe à la main qui mendie ;
Quoi ! Le hubin boirait du sang ; quoi ! L’incendie
Éclairerait le rire horrible du truand ;
Le camisard aurait dans sa poche en tuant
Sa bible toute grasse à force d’être lue ; -
Et l’âme incorruptible, et la bouche absolue,
La bouche du poète et l’âme du penseur
Se tairaient ! Et le jour accepterait pour sœur,
Sous prétexte qu’ensemble autrefois nous souffrîmes,
L’aveugle obscurité, toute pleine de crimes !
Non, parle, et parle haut, vérité ! Vérité !
La misère n’a pas le droit de cruauté ;
Les échafauds s’en vont et leur ombre s’efface ;
L’impassible équité ne veut pas qu’on en fasse,
Pas même avec le bois douloureux des grabats ;
Non ! Nous n’admettons point, dans le deuil d’ici-bas,
Qu’on puisse être bourreau parce qu’on fut victime.
Le meurtre fils des pleurs n’est pas plus légitime ;
Quand le faible devient à son tour le plus fort,
La conscience donne à la rancune tort