Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/74

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De s’enfuir de son cœur ainsi que d’une fange ;
De dire : ― Arrachez-moi, Christ, pour que je sois ange,
Mon père, ce lambeau, ma mère, ce haillon ! ―
De mettre à la nature effarée un bâillon ;
De crier : ― Mes enfants où tout mon sang se mêle,
Mon fils dans son berceau, ma fille à la mamelle,
Tout cela, c’est la nuit, car Dieu seul est le jour. ―
De raturer en soi la famille et l’amour
Comme des contre-sens qui vous cachent le texte ;
Et de perdre la forme humaine, sous prétexte
Qu’on monte et qu’on s’en va dans le firmament bleu.
Faisons, tout en fixant notre regard sur Dieu,
Tous nos devoirs de fils ou de frère ou de père.
Soyons l’être penchant, même quand il espère.
Par l’esprit vers le bien, par la chair vers le mal ;
Sans quitter le réel, conquérons l’idéal ;
Restons homme, en montant vers le sépulcre austère.
Il faut aller au ciel en marchant sur la terre.

9 mars 1855.