Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/77

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À travers six mille ans, et traînant en chemin
Ses monstrueux anneaux sur tout le genre humain,
Elle part de Toulon et s’attache au Caucase.
L’homme met la lumière et l’ombre au même vase ;
Le bagne, enfer stupide, admet dans son tombeau
Depuis l’homme poignard jusqu’à l’homme flambeau.

Malheur à qui dit : marche ! Au progrès qui recule,
À qui jette un rayon dans notre crépuscule !
Que deviendrait l’erreur si le jour triomphait ?
C’est le même attentat et le même forfait,
Le même crime avec la même peine immonde
Que de tuer un homme ou de trouver un monde.
Lucifer est Satan ; l’aigle est le basilic.
Quiconque allume un phare est l’ennemi public.
Quoi, l’archange enchaîné coudoyant les vampires !
L’âme au carcan ! Les bons traités comme les pires !
Ô morne aveuglement de l’homme et de ses lois !

L’esprit tremble et frémit devant toutes ces croix
Que portent les voyants, les inspirés, les sages ;
Pour s’enfuir de la vie on cherche des passages,
Ciel juste, quand on songe à ces révélateurs
Qu’on a saisis, pensifs et venant des hauteurs,
Qu’on a punis du bien ainsi que d’une faute,
Liés avec le crime au poteau côte à côte,
Qu’on a fouettés, martyrs saignants et radieux,
Et qui furent forçats parce qu’ils étaient dieux !

6 mars. --Jersey, 1853