Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/78

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Le spectre que parfois je rencontre riait.
— Pourquoi ris-tu ? Lui dis-je. ― Il dit : ― Homme inquiet,
Regarde.
                   Il me montrait dans l’ombre un cimetière.

J’y vis une humble croix près d’une croix altière ;
L’une en bois, l’autre en marbre ; et le spectre reprit,
Tandis qu’au loin le vent passait comme un esprit
Et des arbres profonds courbait les sombres têtes :

— Jusque dans le cercueil vous êtes vains et bêtes.
Oui, gisants, vous laissez debout la vanité.
Vous la sculptez au seuil du tombeau redouté,
Et vous lui bâtissez des tours et des coupoles.
Et, morts, vous êtes fiers.

                                       Oui, dans vos nécropoles,
Dans ces villes du deuil que vos brumeux Paris
Construisent à côté du tumulte et des cris,
On trouve tout, des bois où jasent les fauvettes,
Des jets d’eau jaillissant du jaspe des cuvettes,
Un paysage vert, voluptueux, profond,
Où le nuage avec la plaine se confond,
La calèche où souvent l’œil cherche la civière,
Des prêtres sous le frais lisant leur bréviaire,
Du soleil en hiver, de l’ombrage en été,
Des roses, des chansons, tout, hors l’égalité.
Vous avez des charniers et des Pères-Lachaises
Où Samuel Bernard seul peut prendre ses aises,
Dormir en paix, jouir d’un caveau bien muré,
Et se donner les airs d’être à jamais pleuré,