Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/103

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Nous marchons; il a plu toute la nuit; le vent
Pleure dans les sapins; pas de soleil levant;
Tout frissonne; le ciel, de teinte grise et mate,
Nous verse tristement un jour de casemate.
Tout à coup, au détour du sentier recourbé,
Apparaît un nuage entre deux monts tombé.
Il est dans le vallon comme en un vase énorme,
C'est un mur de brouillard, sans couleur et sans forme.
Rien au delà. Tout cesse. On n'entend aucun son;
On voit le dernier arbre et le dernier buisson.
La brume, chaos morne, impénétrable et vide,
Où flotte affreusement une lueur livide,
Emplit l'angle hideux du ravin de granit.
On croirait que c'est là que le.monde finit
Et que va commencer la nuée éternelle.
Borne où l'âme et l'oiseau sentent faiblir leur aile,
Abîme où le penseur se penche avec effroi,
Puits de l'ombre infinie, oh! disais-je, est-ce toi?
Alors je m'enfonçai dans ma pensée obscure,
Laissant mes compagnons errer à l'aventure.

Pyrénées, 28 août.

VII Le matin,