Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/114

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Pendant que le penseur, scrutant la nuit sublime,
Et cherchant à savoir ce que lui veut l'abîme,
Ombre d'où nul n'est revenu,
Questionne le bruit, le souffle,. l'apparence,
Et sonde tour à tour la crainte et l'espérance,
Ces deux faces de l'inconnu;

À cet instant profond où l'âme erre éperdue,
Où je ne sais quelle hydre au fond de l'étendue
Semble ramper et se tapir,
Moment religieux où la nature penche,
Phase obscure où. le ciel dans un souffle s'épanche
Et la terre dans un soupir;

À cette heure sacrée et trouble, où l'âme humaine,
Jalouse, avare, impure, avide, lâche, vaine,
Menteuse comme l'histrion,
Étale, abject semeur de ses propres désastres,
Ses sept vices hideux, et le ciel les sept astres
De l'éternel septentrion;
Quand la profonde nuit fait du monde une geôle,
Quand la vague, roulant d'un pôle à l'autre pôle,
Se creuse en ténébreux vallons,
Quand la mer monstrueuse et pleine de huées
Regarde en frissonnant voler dans les nuées
Les sombres aigles aquilons;

Ou plus tard, quand le jour, vague ébauche, commence.
O plaine qui frémit! bruit du matin immense!
Tout est morne et lugubre encor.
L'horizon noir paraît plein des douleurs divines;
Le cercle des monts fait la couronne d'épines,
L'aube fait l'auréole d'or!