Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/136

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XXXI Cette création,==



Cette création, t'a semblée immortelle,
Meurt; mais comment naît-elle? et comment finit-elle?
Oh! quel-oeil sombre a vu des mondes expirer?
Vers le cloaque noir qui doit les engouffrer
Ils voguent presque éteints, ils descendent; ils roulent;
Des flots d'éternité sur leurs orbes s'écroulent;
Et l'agonie affreuse en ses exhalaisons
Engloutit lentement leurs vagues horizons;
Ils passent effrayants dans des lueurs livides;
Ils semblent, dans l'horreur des immensités vides,
Des coques de vaisseaux monstrueux dérivant
Sous on ne sait quel fauve et lamentable vent,
Des crânes de géants, des têtes foudroyées;
Leurs-sinistres rondeurs flottent, demi-noyées;
L'impulsion qui prend ce qui n'est plus vivant
Et qui chasse la larve et la cendre en avant,
Pousse vers le néant ces tragiques masures;
Ils perdent, comme on perd le sang par ses blessures,
Les éléments de l'être en dissolution;
La mort blême sur eux plane, sombre alcyon;
Et, dans l'obscurité qui, sous l'immense brume,
Les couvre de sa noire et formidable écume,
Comme des naufragés qui de l'esquif profond,
Pâles, l'un après l'autre, à la nage s'en vont,
Le temps, le jour, l'espace, et la forme, et le nombre,
Quittent lugubrement ces épaves de l'ombre.

XXXII Ne vous croyez ni grand,