Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/183

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Voilà l’homme. Qui donc a dit : l’homme est sublime !
Qui donc s’est écrié : l’homme est un spectre infime !
Il est grand, il est vil ; il est tout à la fois.
Et, comme tout se meut suivant de sombres lois,
Comme dans l’univers rien n’est stationnaire,
Pour l’homme, quoi qu’il fasse ou rêve,-qu’il vénère
Ou blasphème, qu’il sème ou l’amour ou l’effroi,
Vivre, c’est travailler sans trêve, ayant en soi
L’archange qui rayonne et l’âne qui se vautre,
A diminuer l’un en agrandissant l’autre.
Le méchant grandit l’âne et rétrécit l’esprit
Le bon, le juste, en qui la brute dépérit,
En qui l’ange fleurit, c’est celui:qui, sans cesse,
Augmentant sa lumière, amoindrit sa bassesse.

Ô passant ! toi qui vas, tâchant d’ouvrir la nuit,
Pâle, inquiet, semblable à-celui qui poursuit,
Rêvant l’être quadruple, esprit, force, amour, joie,
Qui résume ce monde où sa. lueur : flamboie,
Tâtant les quatre-coins du "firmament, touchant
Le nord après le sud, l’aube après le couchant,
T’efforçant de voir Dieu, cherchant la quadrature
De ce cercle effrayant qu’on nomme la nature,
Toi qui, boiteux, ailé, par essors inégaux,
Voudrais monter, monter jusqu’au Demiourgos,
Comme Jacob le pâtre ou Baruch le prophète,
Quitte cette entreprise, et, je te le répète,
Explique, si tu peux, ce lugubre inconnu,
Ce soleil dans un. peu de fange contenu,
Cet être monstrueux, prodigieux et-triste,
L’homme. Amer, ignorant dans quel monde il existe,