Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/201

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Un homme est innocent ; son voisin le dénonce.
Gisquet dont le sourcil facilement se fronce,
Ou n’importe quel autre Anglès ou Valentin,
Fait saisir l’homme au saut du lit un beau matin ;
L’homme résiste et veut s’enfuir ; mauvaises notes ;
On l’insulte, il réplique ; on lui met les menottes ;
Il dit : Je n’ai rien fait ! C’est vrai ; mais il a tort
De crier le plus haut n’étant pas le plus fort ;
On le lui fait sentir en serrant les poucettes.
Coupable, vous cédez ; mais innocent, vous êtes
Idiot ; vous luttez, vous ruez, vous avez
La rage, quand le sang coule entre les pavés,
De croire que le juge examine et diffère,
Et que, n’ayant rien fait, on ne doit rien vous faire.
Le juge, examiner ! différer ! à quoi bon ?
On entre jeune au bagne et l’on en sort barbon,
Prenez garde, c’est là le sort du réfractaire.

Vous avez ce devoir, souffrir, ce droit, vous taire ;
Être rebelle est grave, être innocent est vain ;
Sachez que la justice est la justice, enfin,
Et vous êtes un gueux, puisqu’on vous brutalise !
La police ressemble au sable où l’on s’enlise ;
Plus on se débat, plus on enfonce. Jamais
Les grands et les heureux qui sont sur les sommets
Ne se penchent vers ceux qu’engloutit la justice.
Tombez dans l’eau, soyez pris sous une bâtisse
Qui s’effondre, ou plongé dans quelque horrible puits,
De partout il vous vient des amis, des appuis,