Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/212

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Où des souffles, suivis d’effacements soudains,
Dessinent des enfers, des pindes, des édens,
Deucalion, Pluton, Satan, Eve et sa pomme,
Triste, n’accepte pas des dieux sortis de l’homme.
Crois-tu donc imposer tes. rêves à la nuit ?
Cette grande songeuse envoie en ton réduit
Ses blêmes légions d’ombres battant de l’aile ;
C’est elle qui les fait, et tu les reçois d’elle.
Et quand un prêtre dit tout bas dans son orgueil :
J’invente des démons qui mettent l’homme en deuil ;
Je suis le créateur suprême et solitaire
D’un tas de spectres, honte ou frayeur de la terre ;
Et le monde, stupide et morne, est sous le faix
De tous les dieux impurs ou sanglants que je fais,
Fô, Dagon, Teutatès, Vénus aux yeux funèbres ! -
La nuit, qui les créa d’un pan de ses ténèbres,
Rit, et de leur noirceur a peu d’étonnement.
Le formidable ciel sait que le prêtre ment.

XXXII Les écrivains