Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/216

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


XXXIII EN SORTANT D’UNE ÉGLISE


Ce prêtre a dit au peuple :

-Enfants, baissez les Yeux.
Dieu n’est point l’âme vague éparse au fond des cieux.
La nature vous trompe et l’univers vous leurre.
Qui n’est point avec nous à -jamais souffre et pleure.
Ne cherchez jamais Dieu hors du texte divin !
Ainsi l’immensité chante un cantique vain !
Quoi donc ! je dois, avant de voir Dieu tel que l’âme
L’aperçoit, flamboyant d’une bonté de flamme,
Avant de l’adorer tel que me le font voir
Toutes les profondeurs de l’aurore et du soir ;
L’étoile dans l’azur, la perle dans la nacre,
Faire rectifier l’Éternel par un diacre !
Il faut sous un missel. prosterner notre foi !
L’aube enseigne l’amour et la Bible l’effroi
Le curé crie : enfer ! l’astre crie : espérance !
C’est le curé qu’il faut croire de préférence !
Je dois subordonner, dans mon coeur qui bondit,
Ce que dit l’univers à ce qu’un prêtre dit !
Ce n’est pas l’infini, c’est l’homme qu’il faut suivre.
Quoi ! la création n’est-elle, donc qu’un. livre
Dont les religions rédigent l’erratum !
Quoi ! les lys de Sâron, les roses, de Poestum,
La foudre, le soleil dorant-la solitude,
N’ont pas dans leur lumière autant de certitude
Qu’un symbole en latin ou qu’un dogme en hébreu !
Tout bien considéré, nous destituons Dieu !

XXXIV Quand l’honneur est tombé