Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/218

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


XXXV CONTEMPLATION, CONSOLATION


Que la douleur est courte et vite évanouie !
Hélas ! sitôt qu’une ombre en terre est enfouie,
Vers cet être éclipsé qui jadis rayonna,
Nul ne se tourne plus. Le premier soin qu’on a
C’est de se délivrer de la mémoire chère.
Dehors ce mendiant ! L’un rit, fait bonne chère,
Et dit : Buvons, mangeons, vivons ! c’est le réel.
L’autre endort son regret en regardant le ciel,
Admire et songe, esprit flottant à l’aventure,
Et fait évaporer ses pleurs dans la nature.
L’homme, que le chagrin ne peut longtemps plier,
Passe ; tout nous est bon, hélas ! pour oublier ;
La contemplation bercé, apaise et console ;
Le coeur laisse, emporté par l’aile qui l’isole,
Tomber les souvenirs en montant dans l’azur ;
Le tombeau le plus cher n’est plus qu’un point obscur.
Ceux qui vivent chantant, riant sans fin ni trêve,
Ont bien vite enterré leurs morts ; celui qui rêve
N’est pas un meilleur vase à conserver le deuil ;
La nature emplit l’âme en éblouissant l’oeil ;
Et l’araignée oublie, quand elle tend sa toile,
D’un bout l’attache à l’homme et de l’autre à l’étoile.

18 mai 1854.