Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/237

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Je vais, j’avance, je recule,
Je marche où plus d’un se perdit ;
Par moments dans ce crépuscule
Une voix lugubre me dit :
-Que cherches-tu ? tout fuit, tout passe.
La terre n’est rien. Et l’espace,
Que contient-il ? Est-ce réel ?
Tu ne peux qu’entrevoir, atome,
La création, ce fantôme,
Derrière ce linceul, le ciel.

Où vas-tu, pauvre âme étonnée ?
Monade, connais-tu l’aimant ?
Que sais-tu de la destinée,
Et que sais-tu du firmament ?
Connais-tu le vrai, le possible,
Tous les réseaux de l’invisible,
Ce qui t’attend, ce qui te suit ?
Connais-tu les lois éternelles ?
Entends-tu les tremblements d’ailes
Dans les grands filets de la nuit ?

Sens-tu parfois, dans l’ombre infâme
Qu’agite un vent farouche et lourd,.
Une toile où se prend ton âme
Et sur laquelle un monstre court ?
Sens-tu parfois, fils de la terre,
S’ouvrir sous tes pieds le mystère,
Et se mêler, ô passant nu,
A tes cheveux que l’hiver mouille,
Les fils de la sombre quenouille,
Les cheveux du front inconnu ?