Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/241

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A ces sphères, de Dieu vassales,
Affirmations colossales :
Étoiles ! vous avez menti ! .

Ce qui ment, c’est toi, doute ! envie !
Il ne se peut que lé rayon ;
Que l’espérance, que la vie
Soit une infâme illusion !
Que tout soit faux, hors le blasphème !
Et que ce Dieu ne soit lui-même,
Dans son vain temple aérien,
Que l’immense spectre Ironie
Regardant, dans l’ombre infinie,
L’univers accoudé sur Rien 1.

Un Dieu qui rirait de son œuvre,
Qui rirait des justes déçus,
Et du cygne et de la couleuvre,
Et de Satan et de Jésus,
Un tel Dieu serait si terrible
Que, devant cette face horrible,
L’âme humaine se débattrait
Comme si, par ses ailes blanches,
Elle était, prise. sous les branches -
De. quelque, sinistre forêt !

Que Rabelais, rieur énorme,
Railleur de, l’horizon humain,
Borné par le nombre et la forme,
Hue aujourd’hui, sans voir demain ;
Qu’il joue, étant jouet lui-même,
Avec la vie et le problème,
Qu’importe ! il passe, il meurt, il fuit ;
Il n’est ni le fond, ni la cime ;
Mais un Rabelais de l’abîme
Ferait horreur, même à la nuit !