Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/244

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


XLVI DIEU SUIT SA VOIE


Quand dans le coeur d’un peuple il a disposé tout,
Un rien suffit pour faire éclater tout à coup
Ces révolutions fatales et divines
Qui jettent des clartés et qui font des ruines.
En des jours, comme ceux que le sort nous a, faits,
La plus petite cause. a les pires effets.
Dans ce siècle où le mal ; comme le bien, est libre,
Où l’égalité mine et sape l’équilibre,
Tout est en question. Que voyons-nous souvent ?
De grands coups de hasard et de grands coups de vent.
Veillons donc. Nous vivons dans un temps où nul homme
N’est petit, où chacun est redoutable, en somme.
Le bois nourrit la flamme, et la haine nourrit
Tous les mauvais instincts de l’homme. Crains l’esprit,
Crains le coeur où dans l’ombre abonde et s’amoncelle
La haine qui s’enflamme à la moindre étincelle.
Parfois, un mendiant qui vous suit pas à pas,
Un rêveur en haillons que vous ne voyez pas,
Dans le fond de son âme inconnue et hautaine,
A toute une forêt de colère et de haine
Qui n’attend que le choc d’un caillou, qu’un moment,
Pour remplir l’horizon d’un vaste embrasement !

XLVII Qui sait