Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/274

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LXII Quelle idée as-tu donc de la mort,


Quelle idée as-tu donc de la mort, vain penseur ?
Devant l’obscurité, le doute, la noirceur,
La tombe au fond du sort et la mort infaillible,
Tu frémis ; car ce monde est un temple terrible.
L’affreux fourmillement des fosses te fait peur ;
A travers sa malsaine et fétide vapeur,
Le tombeau, s’il fallait que tu l’approfondisses,
T’apparaîtrait ainsi qu’un gouffre d’immondices,
Plein d’êtres, beaux jadis, lugubres maintenant,
Au lieu de la prunelle et de l’oeil, rayonnant
N’ayant sous leur sourcil qu’un horrible cratère,
D’où-sortent leurs regards devenus vers de terre.
Non. Le cercueil n’est pas, homme, ce que tu crois.
La mort, sous le plafond des tombeaux noirs et froids,
C’est la mystérieuse et lumineuse offrande.
Ce n’est pas seulement pour l’âme qu’elle est grande,
Mais pour la chair, poids vil sur la terre gisant.
La tombe, astre central vers qui tout redescend,
Jetant un rayon double à la double frontière,
Transfigure l’esprit, transforme la matière ;
La mort, qui n’est pour toi qu’un spectre monstrueux,
Saisit l’être et le tord entre ses doigts noueux,
Et comme une laveuse agenouillée au fleuve,
Blanchit les os, le corps, la chair de l’esprit veuve,
La guenille animale et le haillon humain,
Dans un ruissellément de lumière sans fin.
C’est dans de la splendeur que tout se décompose.
La mort, c’est l’unité qui reprend toute chose.
Oh ! cetté obscure mort dont Dieu sait le secret,
Quel éblouissement, elle te jetterait