Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/282

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Vision de l’abstrait que l’oeil ne saurait voir !
Est-ce un firmament blême ? est-ce un océan noir ?
En dehors des objets sur qui le. jour se lève,
En dehors des vivants du sang ou de la sève,
En dehors de tout être errant, pensant, aimant,
Et de toute parole et de tout mouvement,
Dans l’étendue où rien ne palpite et ne vibre,
Espèce de squelette obscur de l’équilibre,
L’énorme mécanique idéale construit
Ses figures qui font de l’ombre sur la nuit.
Là, pèse un crépuscule affreux, inexorable.
Au fond, presque indistincts, l’absolu, l’innombrable,
L’inconnu, rocs hideux que rongent des varechs
D’A plus B ténébreux mêlés d’X et d’Y grecs ;
Sommes, solutions, calculs où Won voit pendre
L’addition qui rampe, informe scolopendre !
Signes terrifiants vaguement aperçus !
Triangles sans Brahma ! croix où manque Jésus !
Réduction du monde et de l’être en atomes !
Sombre enchevêtrement de formules fantômes !
Ces hydres qui chacune ont leur secret fatal,
S’accroupissent sur l’ombre, inerte piédestal,
Ou se traînent, ainsi qu’échappés de l’Erèbe
Les monstres de l’énigme erraient autour de Thèbe ;
Le philosophe à qui. l’abeille offrait son miel,
Les poètes, Moïse ainsi qu’Ezéchiel,
Et Platon comme Homère expirent sous les griffes
De ces sphinx tatoués de noirs hiéroglyphes ;
Point d’aile ici ; l’idée avorte ou s’épaissit ;
La poésie y meurt, la lumière y noircit ;
Loin de se dilater, tout esprit se contracte
Dans les immensités de la science exacte,
Et les aigles portant la foudre aux Jupiters
N’ont rien à faire avec ces sinistres éthers ;

Cette sphère éteint l’art comme erï son âpre touffe
La ciguë assoupit une fleur qu’elle étouffe.
Toutefois. la chimère y peut vivre portant