Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/283

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D’une main la cornue et de l’autre l’octant,
Faisant l’algèbre même à ses rêves sujette,
Dans un coin monstrueux la magie y végète ;
Et la science roule en ses flux et reflux
Flamel sous Lavoisier, Herschel sur Thrasyllus :
Qui pour le nécromant et pour la mandragore
Chante abracadabra ? l’abac de Pythagore ;
Car d’un côté l’on monte et de l’autre on descend,
Et de l’homme jamais le songe n’est absent.

La pensée ici perd, aride et dépouillée,
Ses splendeurs, comme l’arbre en janvier sa feuillée,
Et c’est ici l’hiver funèbre de l’esprit.
Le monde extérieur s’y transforme ou périt ;
Tout être n’est qu’un nombre englouti dans la somme ;
Prise àvec ses rayons dans lés doigts noirs de l’homme,
Elle-même, en son gouffre où le calcul l’éteint,
La constellation ; que l’astronome atteint,
Devient chiffre, et, lugubre, entre dans la formule.
L’amas des sphères d’or en zéros s’accumule.
Tout se démontre ici. Le chiffre, dur scalpel,
Comme un ventre effrayant ouvré et fouille le ciel.
Dans cette atmosphère âpre, impitoyable, épaisse,
La preuve règne. Calme, elle compte, dépèce,
Dissèque ; étreint, mesure, examine, et ne sait
Rien hors de la balance et rien hors du creuset ;
Elle enrégistre l’ombre et l’ouragan, cadastre
L’azur, le tourbillon, le météore et l’astre,
Prend les dimensions de l’énigme en dehors,.
Ne sent rien frissonner dans le linceul des morts,
Annule l’invisible, ignore ce que pèse
Le grand Moi de l’abîme ; inutile hypothèse,
Et met du plomb aux pieds des lugubres sondeurs.
A l’appel qu’elle jette aux mornes profondeurs,
Le flambeau monte après avoir éteint sa flamme ;
La loi vient sans l’esprit, le fait surgit sans l’âme ;
Quand l’infini paraît, Dieu s’est évanoui :