Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/293

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I Autrefois,

Autrefois, dans les temps de la lumière pure,
L'antique poésie à l'antique nature
parlait; le vers ailé, fier, sublime, ingénu,
Était comme un oiseau, des autres reconnu,
Auquel l'aigle disait: c'est toi! dans les nuées;
Les cimes des forêts gravement remuées,
Les antres les rochers, les lys, les flots marins
Dialoguaient avec Orphée aux yeux sereins;
Les choses comprenaient le chant profond des hommes;
La tige offrait ses fleurs, la branche offrait ses pommes
Au doux mage Linus par la muse enivré
Quand Homère chantait, le mendiant sacré,
Le dieu Terme attendri se tournait sur les bornes;
Et la chèvre, l'agneau, le boeuf aux larges cornes,
La vache au pis gonflé broutant les verts gazons,
Rêveurs, levaient la tête au-dessus des buissons,
Et, les yeux éblouis d'une lueur divine,
Venaient pour regarder passer dans la ravine,
Plein de rires, de chants, de masques et d'épis,
Le vieux. chariot fou que promenait Thespis.

5 novembre 1853. Jersey.