Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/303

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Quand tu marches, distrait, dans la ville où tout passe,
Où lutte une cohue âprè, aveugle et rapace,
Tu livres ta pensée aux calmes visions!
Tu sembles écouter, belle âme qu'on envie,
Au delà de la foule, au delà de la vie,
De vagues acclamations!

Oui, la postérité que ton grand nom éveille,
Et qui dès à présent murmure à ton oreille,
O grand homme! ô songeur! sait déjà que tu vis!
Elle voit tous tes vers poindre à leur origine!
Tout ce que ton esprit rêve, apprête, imagine,
Est visible à ses yeux ravis!

Ô poète profond qu'on suit et qu'on révère,
L'oeuvre est encor cachée en ton esprit sévère,
Dérobant dans la nuit ses traits graves et beaux,
Que la gloire déjà la distingue dans l'ombre!
La gloire! astre tardif, lune sereine et sombre
Qui sé lève sur les tombeaux!

La gloire voit ton rêve!! et sa clarté nocturne,
Comme jadis Phoebé dans le.bois taciturne
Baisait Endymion de son rayon ami,
Du fond de l'avenir caresse avec mystère,
A travers les rameaux de ta pensée austère,
Le chef-d'oeuvre encore endormi!

29 décembre 1841.