Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/331

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Thiers raille Mazzini;==


Thiers raille Mazzini; Pitt raille Washington;
Juvénal à Nisard semble de mauvais ton,
Shakspeare fait hausser à Planche les épaules;
Avant que la vapeur eût conquis les deux pôles,
Les savants bafouaient Fulton; monsieur Pouillet,
Qui naguère au zénith de l'Institut brillait,
Niait le télégraphe électrique, folie!
L'esprit noué déteste.un esprit qui délie
Celui qui voit de près et bas méprise un peu
L'Himalaya; le ciel, ce précipice bleu,
Ce noir puits des éclairs, déplaît à ces bonshommes
Qui ne savent jamais au juste où nous en sommes,
Et qui, fort dédaigneux: d'Euler et de Newton,
Ne marchent qu'en tâtant le chemin-du bâton;
Essayez donc de faire admirer aux myopes
Le regard. étoilé des sombres Calliopes
Assises sur le Pinde et sondant l'infini!
Eschyle; ce proscrit, et Dante, ce banni,
Radotent, et leur -vué est par l'exil faussée;
L'âme de Job paraît à Prudhomme insensée,
Car c'est aux envieux et c'est aux impuissants
Qu'appartient cette chose auguste, le bon sens;
L'époux que se choisit la foule, c'est l'eunuque;
Le chef incontesté sous qui.courbent la nuque
Tous les traîneurs de sabre et les porte-rabats,
C'est un Midas à qui Zoïle parle bas.
Quand il rôde au milieu des villes, Isaïe
Sent par les noirs vivants sa grande âme haïe,
Et marche sans trouver un coeur qui le comprend;
Les blêmes insulteurs suivent Corneille errant;