Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/332

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Derrière. Milton gronde une meute livide.
Quiconque a le talent d'être lourd étant vide
Est sûr d'être admiré des fats et des jaloux,
Ces chiens qui pour les grands et les forts sont des loups;
Voyez-les se jeter sur les talons d'Homère!
Voyez-les vénérer le crétin éphémère,

Le zéro solennel qui, pour l'instant, prévaut -
Chez-la gent soldatesque ou dans le clan dévot!
Un idiot étant-l'étui d'un personnage,
Il suffit qu'un grimaud soit plus vieux que son âge
Et qu'il se taise'avec'l'air d'un niais profond
Pour qu'on l'estime; et ceux qui font et qui défont
Tous -les noms de hasard mêlés à nos orages,
L'acclament de leur voix enrouée aux outrages,
Sachant qu'on ne peut mieux compléter les assauts
Aux grands hommes raillés qu'en admirant les sots.
Si vous faites le bien on vous fera la guerre,
Et, sans.savoir pourquoi, le stupide vulgaire
Est furieux autour du prophète pensif.

Voir le gouffre de haut, voir de loin le récif,
C'est un-tort. Etre grand, c'est être ridicule.
Pygmée est fier, étant pygmée; il toise Hercule;
Myrmidon ne prend pas Titan au sérieux.
Tous ces géants qui sont debout sur les hauts lieux
Font rire Lilliput, fourmilière féroce.

Le nain se sent un poids sur le dos, et sa bosse
Dont il est satisfait, bien qu'en-somme un peu las,
Lui fait le même effet qu'à toi le monde, Atlas!

Il te vaut. Qu'a-t-il donc. de moins que toi? Tu portes
Ton-fardeau comme lui le sien.