Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/48

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XIX LE VIEUX DE BRISACH==



(Paraissant sur le haut de sa tour)

Je me dis en moi-même et depuis uh moment
Voilà bien du vacarme et bien de l'aboiement.
J'ai puni les barons voleurs, les noirs burgraves
Qui remplissaient le Rhin de leurs forfaits hardis.
Rois, j'ai frappé les coups; j'ai fait sur ces bandits
Luire ce vieil estoc qui maintenant se rouille;
Vous vous êtes rués, vous rois, sur la dépouille,
Partageant tout ainsi que des associés;
De tout ce qui restait de ces suppliciés,
Princes, je vous ai vus vous faire un héritage;
Je n'ai pas trouvé bon d'entrer dans le partage,
N'ayant pas pour métier d'ôter les clous aux croix,
Et d'aller décrocher, la nuit, au fond des bois,
Pour les revendre aux juifs les chaînes des potences;
Sans cela, si j'avais usé des circonstances,
Si j'eusse, comme vous, mis la main dans le sac,
Je serais aujourd'hui, moi, le vieux de Brisach,
Riche à voir les abbés m'offrir leurs politesses,
Et, si bon m'eût semblé, roi comme vos altesses;
Je n'eusse eu pour cela, vous le savez bien tous,
Qu'à brocanter son peuple à quelqu'un d'entre vous;
Car tous, petits et grands, vous êtes à l'enchère,
Et, pour quitter ces monts, pour faire bonne chère
Ailleurs qu'en vos donjons aux sauvages créneaux,
Pour aller vivre à Rome auprès des cardinaux