Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/97

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LETTRE==


La Champagne est fort laide où je suis; mais qu'importe,
J'ai de l'air, un peu d'herbe, une vigne à ma porte;
D'ailleurs, je ne suis pas ici pour bien longtemps.
N'ayant pas mes petits près de moi, je prétends
Avoir droit à la fuite, et j'y songe à toute heure.
Et tous les jours je veux partir, et je demeure.
L'homme est ainsi. Parfois tout s'efface à mes yeux
Sous la mauvaise humeur du nuage ennuyeux;
Il pleut; triste pays. Moins de blé que d'ivraie.
Bientôt j'irai chercher la solitude vraie,
Où sont les fiers écueils, sombres, jamais vaincus,
La mer. En attendant, comme Horace à Fuscus,
Je t'envoie, ami cher, les paroles civiles
Que doit l'hôte des champs à l'habitant des villes;
Tu songes au milieu des tumultes hagards;
Et je salue avec toutes sortes d'égards,
Moi qui vois les fourmis, tôi qui vois les pygmées.

Parce que vous avez la forge aux renommées,
Aux vacarmes, aux faits tapageurs et soudains,
Ne croyez pas qu'à Bray-sur-Marne, ô citadins,
On soit des paysans au point d'être des brutes;
Non, on danse, on se cherche au bois, on fait des chutes;
On s'aime; on est toujours Estelle et Némorin;
Simone et Gros Thomas sautent au tambourin;
Et les grands vieux parents grondent quand le dimanche
Les filles vont tirer les garçons par la manche;