Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/101

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II Oh! si vous existez, mon ange,


Oh! si vous existez, mon ange, mon génie,
Qui m'emplissez le coeur d'amour et d'harmonie,
Esprit qui m'inspirez, sylphe pur qu'en rêvant
J'écoute me parler à l'oreille souvent!
Avec vos ailes d'or volez à la nuit close
Dans l'alcôve qu'embaume une senteur de rose
Vers cet être charmant que je sers à genoux
Et qui, puisqu'il est femme, est plus ange que vous!
Dites-lui, bon génie, avec votré voix douce,
A cét être si cher qui parfois me repousse,
Que, tandis que la foule a le regard sur lui,
Que son sourire émeut le théâtre ébloui,
Que tous les coeurs charmés ne sont, tant on l'admire,
Qu'un orchestre confus qui sous ses pieds soupire,
Tandis que par moments le peuple transporté
Se lève tout debout et rit à sa beauté,
Il est ailleurs une âme, éperdue, enivrée,
Qui, pour mieux recueillir son image adorée,
Se cache dans la nuit comme dans un linceul,
Et qu'admiré de tous, il est aimé d'un seul!

Février 1833