Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/126

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fête
Que le pinson chanteur donne au pluvier doré;
Je fuirai de la ville et je m'envolerai,
Car l'âme du poëte est une vagabondé,
Dans les ravins où mai plein de roses abonde;
Là les papillons blancs et les papillons bleus,
Ainsi que le divin se mêle au fabuleux,
Vont et viennent, croisant leurs essors, joyeux, lestes,
Si bien qu'on les prendrait pour des lueurs célestes;
Là jasent les oiseaux, se cherchant, s'évitant;
Là Margot vient quand c'est Glycère qu'on attend;
L'idéal démasqué montre ses pieds d'argile;
On trouve Rabelais ,où l'on cherchait Virgile.
O jeunesse! ô seins nus des femmes dans les bois!
Oh! quelle vaste idylle et que de sombres voix!
Comme tout le hallier, plein d'invisibles mondes,
Rit dans le clair-obscur des églogues profondes!
J'aime la vision de ces réalités;
La vie aux yeux sereins luit de tous les côtés;
La chanson des forêts est d'-une douceur telle
Que, si Phébus l'entend, quand, rêveur, il dételle
Ses chevaux las. souvent au point de haleter,
Il s'arrête, et fait signe aux Muses d'écouter.

6 mai 1847

Tu vols un homme ayant un projet sous les cieux,
Mes voeux n'ont plus de frein, je suis ambitieux,
J'ai résolu d'avoir un dimanche superbe,
Et mon plan, c'est d'aller nous étendre sur l'herbe.
Je couve ce dessein, je fais cet opéra.
Et nous serons autant de couples qu'on voudra.
Nous chercherons un lieu désert, une chapelle,
Un burg ne sachant plus le nom dont il s'appelle,
N'ayant plus pour baron que le merle siffleur,
Qui soit tout en ruine et qui soit tout en fleur,