Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/180

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LIV À force de rêver


À force de rêver et de voir dans la plaine
Une fille aux yeux bleus aller à la fontaine,
Gad s'aperçut un jour qu'il était amourëux.
Plus de sommeil. Où fuir ce souci douloureux?
Il voulut. s'en guérir, mais tout fut inutile.
Triste, il alla s'asseoir aux portes de la ville,
Et, voyant un vieillard qui passait, il lui dit:
- A mon aide, seigneur! -Le vieillard l'entendit,
Et vint. C'était un homme à longue barbe grise.
Les palmiers frissonnaient au souffle de la brise;
Le soleil se couchait dans le désert poudreux.
- Qu'as-tu? dit le vieillard. -Je suis très malheureux,
Dit Gad, puis il reprit: -Hélas! j'aime une femme.

- J'avais, dit le vieillard, ce mal cuisant dans` l'âme
Quand j'étais un jeune homme aux yeux clairs et brillants
Comme toi. Maintenant mes cheveux sont tout blancs,
Mon front tremble, mon ceil s'éteint, l'âge me glace;
Et pour moi tout est sombre, et chaque jour qui passe
Est de la nuit qui tombe, et, sans air, sans soutien,
Je souffre, et c'est mon mal de n'avoir plus le tien.

14 août 1846.